
L'acte de concevoir, inventer et créer est plus que jamais une opération complexe qui nécessite de convoquer des savoirs faire, des compétences et des cultures différentes autour d'un même projet.
Le standard de qualité dans le bâtiment n'est plus admissible. Les pratiques conventionnelles des professionnels du bâtiment donnent des constructions dont la durabilité et les performances énergétiques sont aussi inquiétantes que la toxicité des environnements crées, notamment par l'usage de materiaux fortement émissifs et dégradant la qualité de l'air.
Et en même temps si la recherche de la qualité est necessaire et justifiée, constituant même un moteur de l'innovation, celle ci reforme les périmètres des différents métiers et peut, à défaut d'agencement adéquates des compétences, s'avérer nuisible pour le projet.
"La recherche de la qualité absolue est un frein considérable à notre créativité, nous nous sommes aperçus d'un rapport direct entre cette quête, cette tension et un étiolement de nos capacités d'innovation", Reflexion sur quelques pratiques de projet, M.J. Carrieu-Costa, p. 41
L'architecture biologique nécessite la mise en place, dans le cadre de la conception, d'une ingénierie concourante permettant d'intégrer l'ensemble des critères techniques, réglementaires, économiques, environnementaux, physiques, biologiques, et culturels qui permettent d'accéder à un bâtiment efficient et authentiquement sain. La maitrise des approches multi-critères est nécessaire dans toute demarche holistique.
"Dans le contexte actuel, les délais de conception et de réalisation sont de plus en plus courts, les contraintes financières pèsent toujours plus lourdement, et les avancées des technologies de la construction (invention de nouveaux matériaux, de nouveaux procédés de mise en oeuvre, etc.). sont difficiles à suivre au jour le jour. Pour parvenir aux fins décrites ci-dessus, l'architecte doit donc gérer au plus près des savoirs-faire multiples, qu'il ne possède pas personnellement. Il doit savoir faire faire. Il doit manager au sens fort du terme, c'est à dire "savoir faire émerger l'intelligence". Comme le formule bien Joel de Rosnay à propos du pilotage de projets complexes, il doit "orchestrer la cohérence en préservant la diversité des compétences" (in "piloter la complexité", institut d'études systémiques appliquées, Paris, 14/12/93)" , Conception d'un bâtiment : l'organisation d'un travail collectif, p. 51
Parallèlement à Edgar Morin (cf. La Voie, pour l'avenir de l'humanité), Robert Prost observe les mutations des pratiques de l'architecte face aux enjeux éthiques contemporains. La qualité est avant tout le résultat d'un dispositif ouvert et coopératif qui réinvente sans doute des métiers dans l'architecture comme celui de Biologiste de l'Habitat, dont les pratiques doivent se combiner, au service de l'innovation, avec les autres métiers du bâtiment, du contrôleur technique en passant par l'ingénieur jusqu'aux entreprises du bâtiment pour lesquelles une redécouverte des notions de "bon sens" dans la construction apparaît comme un défi.
Nul doute que les mutations sont en marche et qu'elles prennent le chemin de la responsabilité en matière d'environnement et de santé sur les bases des travaux de médecins comme Pierre et Suzanne Deoux.
Les pratiques de l'architecte devront donc composer avec la spontanéité de la création et le management de projet. Un jeu subtil d'équilibre entre acte (création) et action (gestion)...
Robert Prost (sous dir.),Concevoir, inventer, créer, Réflexions sur les pratiques, l'Harmattan, 3 Mai 2000, Broché, 337 pages



