jeudi 31 mars 2011

Le guide de l'Habitat saint, Suzanne et Pierre Déoux


Un ouvrage de référence à la fois accessible pour les particuliers non professionnels du bâtiment et constituant un outil très efficace pour les décideurs et les prescripteurs. Suzanne et Pierre Déoux, docteurs en médecine, font partie des rares experts et consultants dans le domaine de l'environnement et de la santé et, particulièrement, de la prévention des risques à l'intérieur du bâtiment. Parce que le développement durable ne peut faire l'économie d'une "santé durable", loin des compromissions de certaines démarches "environnementales", les auteurs posent les termes de la toxicité intrinsèque au bâtiment, des connaissances utiles pour construire une démarche HQS : Habitat Qualité Santé.

"L'Habitat est durable, ses effets sur la santé aussi ! Les bâtiments ont des durées de vie élevées, plusieurs décennies. Les choix effectués au moment de la conception ou de la rénovation auront des conséquences durables sur l'homme et son environnement. Faute de penser la qualité de l'Habitat lors de la construction, il faudra multiplier ensuite les procédés les plus sophistiqués pour tenter de l'améliorer. Contrôler les sources de nuisances en amont est une stratégie plus efficace et moins couteuse que de chercher ensuite à les diminuer." p. 14

  • Suzanne et Pierre Déoux, Le guide de l'Habitat saint, Edition Medieco; 2e éd. rev. et augm (30 septembre 2004), 537 pages


mercredi 30 mars 2011

Le ParK, Bruce Begout


Bruce Begout, dans son travail d'exploration des lieux, nous attire ici dans un piège extraordinaire, fascinant, effrayant et abject : le ParK. Ce parc est la synthèse de l'ensemble des parcs qui existent (zoo, parc d'attraction, camp de concentration, technopole, cimetière, maison de retraite, prison, etc). Ce parc à thème pour touristes très haut de gamme, triés sur le volet, n'a pour thème que lui-même : le parc.

"[...] toutes les fonctions distinctives des parcs sont entièrement entremêlées : protéger, isoler, enfermer, divertir, étudier, domestiquer, classer, regrouper, exterminer. [...] le parcage est l'idée même qu'il met en scène" chap. 11, pp 31-32

Ce lieu est le fruit de l'imagination du maître des lieux, son concepteur, son constructeur : l'architecte. Du haut de la plus haute forteresse du site, tour en ivoire qui constitue son logis, l'architecte contemple son oeuvre, ce parc qui est le reflet non pas de lui-même mais des pires déviances auxquelles l'Homme est capable. C'est bien volontairement que les visiteurs entrent dans un processus de déshumanisation. C'est bien volontairement que les employés du ParK font les visiteurs pour accompagner les quelques vrais touristes fortunés.

"Il [le ParK] offre sur un plateau brillant un échantillon spectaculaire de projections fantasmatiques. Il lance même un défi à l'époque et à sa politique urbaine : mettre en scène des catastrophes qui ne se produiront jamais. C'est l'exposition universelle des maux de la civilisation que le principe de leur exhibition publique conjure." chap. 14, p. 42

Le narrateur nous livre le plus sadique des spectacles oú, par exemple, les visiteurs applaudissent, de l'extérieur, l'engloutissement par un anaconda de l'un des cadres dirigeants du ParK, tous regroupés dans un vivarium au milieu des serpents. Avec une distance à glacer le sang, le narrateur décrit l'incroyable productivité des travailleurs et de leurs techniques de contournement pour eviter de rencontrer la mort sur le parcours de la photocopieuse. Assidus à leur tâches respectives pour tenir des délais impossibles, la disparition inopinée d'un voisin avalé ne leur fera pas lever les yeux de l'écran d'ordinateur.

L'ensemble des scènes décrites constituent la lente protase qui construit le chemin par lequel l'auteur finira par nous donner quelques clefs des folles intentions de l'architecte. Comme pour ne pas se mouiller, et pour cause, l'auteur nous restitue des "fragments" d'un projet de livre rédigés par le créateur des lieux, sorte de manifeste d'une doctrine qui souhaite la fusion entre Biologie et Architecture ! L'architecture totalitaire est un aboutissement d'un processus par lequel le bâtiment prend le pas sur le vivant, l'architecture devient un moyens de contrôle à la fois sur le plan psychologique mais allant jusqu'à se connecter aux flux "neuro-physiologique". Le ParK n'est au fond rien d'autre que la résultante des pires dérives architecturales oú l'intérêt pour le respect de la vie et le bien être en général bascule du côté de la force obscure. Voici quelques extraits des fragments rédigés par l'architecte du ParK :

"Le principe général de l'architecture neuronale consiste à agir par le biais de constructions sur les structures mentales du cerveau et, partant, sur tous les réseaux physiologiques. [...] La fonction première d'un bâtiment est de modifier les systèmes neurophysiologiques des résidents. [...] L'idée que toute construction est la reproduction dans l'espace de la forme du corps est partiellement vraie. De nos jours, ce n'est pas l'enveloppe externe que nous devons projeter dans les trois dimensions mais l'ensemble complexe des réseaux neurophysiologiques qui, plus que toute apparence superficielle, représente le centre vibratoire de nos vies. [...] Grace à l'extériorisation des armatures du vivant, l'architecture quitte le domaine ancestral de la matière inerte, de la terre, et rejoint l'élément de la vie, l'eau. [...] Ce faisant, la neuro-architecture pourra oeuvrer à rien de moins qu'à la santé générale des individus, intervenir dans la régulation interne des divers systèmes vitaux qui les composent, et, pourquoi pas ?, guérir certaines maladies grâce à un séjour prolongé dans des lieux entièrement consacrés à leur traitement." chap. 33, pp 113 - 123

Tout ceci est une fiction !

Bruce Begout, Le ParK, éditions Allia, 2010, 152 pages.

lundi 21 mars 2011

Cradle to cradle, W. Mc Donough / M. Braungart


Cradle to cradle, un livre de référence qui pose les fondements théoriques et méthodologiques de démarches écologiques en conception, production et construction, soucieuses du vivant (la biologie) : il s'agit de maitriser le cycle de vie du berceau au berceau. La société industrielle se construit sur des cycles linéaires qui de la production en masse aboutissent à l'empilement de déchets en décharge. Le métabolisme biologique fabrique le vivant à partir de la mort qui retourne à la terre et dont il se nourrit. Craddle to craddle propose de concevoir la fin de vie des produits comme matière première d'une nouvelle naissance.

La biologie conçoit la création dans le respect du vivant, sans nuisance pour son intégrité et davantage même car il s'agit de déplacer la question du développement de pratiques vertueuses de la question éthique (être moins mauvais ou faire mieux) à la question de la qualité et du bien être (bien faire). L'approche technique aboutit au mieux à l'eco-efficacité. Elle est transcendée par la conception en général qui produit, au delà de l'objet, la reconstruction d'usages et d'un art de vivre (eco-bénéfice).

"Le fait qu'un matériau soit recyclé ne le rend pas écologiquement bénin, spécialement si il n'a pas été fabriqué pour l'être. Adopter à l'aveugle des approches environnementales superficielles sans en comprendre pleinement les effets n'apporte pas de meilleure réponse - et peu même se révéler pire - que de ne rien faire", p. 85 chapitre "Pourquoi être moins mauvais n'est-il pas bon ?"

La question de la santé devient axiale dans la réflexion sur les processus de conception et de fabrication. En ce sens, Craddle to craddle constitue un outil indispensable pour penser l'architecture biologique. Cet ouvrage définit clairement et avec des exemples précis certains fondements de la Biologie de l'Habitat (r) tels que l'eco-toxicité ou les notions de cyclabilité.

"Comment ces produits vous affectent-ils ? Ils détériorent la qualité de l'air intérieure. Une étude a prouvé que plus de la moitié des maisons testées hébergeaient toutes sept substances chimiques toxiques connues pour provoquer le cancer chez l'être humain, à des taux de concentration aussi élevés que ceux qui, de façon officielle, relèvent d'un site de déchets toxiques. Les allergies, l'asthme, et le "syndrome du bâtiment malsain" augmentent. Et cependant, il n'existe à l'heure actuelle pratiquement aucune norme obligatoire en matière de qualité de l'air intérieur." p. 62 chap. "Une question de conception".

W. Mc Donough / M. Braungart, Cradle to cradle, Créer ou recycler à l'infini, éd. Alternatives, 2011, 230 p.


vendredi 18 mars 2011

Lettre aux paysans (et autres) sur un monde durable, Jean Viard


Aux lecteurs du "livre noir de l'agriculture", voici la porte de sortie, que dis-je, l'issue de secours, pleine d'espoir et d'espérance envers un monde agricole porteur des solutions de développement (durable et désirable) d'une économie agro-alimentaire qui se trouve bien aux racines de notre santé et de notre bien être. 

"Il ne s'agit pas de vouloir revenir "au bon vieux temps d'hier", qui est largement un mythe moderne, urbain et parfois "néobaba". Non : l'enjeu est de proposer un nouveau contrat à la société sur les questions agricoles, les ressources énergétiques, le développement durable, la lutte contre le réchauffement climatique... Vous pouvez en devenir un des acteurs majeurs. Car vous êtes au cœur d'une économie de la production de ressources renouvelables, avec le soleil, le vent, la force des fleuves et des marées... et, sans doute, par nécessité, le nucléaire. Il y a là une occasion de renverser une tendance de moyenne période qui vous a été peu favorable, voire négative, en termes aussi bien de revenus que d'image et de projet - disons depuis l'apparition de surplus de beurre au milieu des années 1980, puis avec la maladie de la vache folle. Mon hypothèse, l'objet de cette lettre, est que l'agriculture peut redevenir une solution aux problèmes de la France - et du monde - et que la société commence à le comprendre : mais il faut que, vous aussi, vous compreniez ce nouvel espace politique et productif qui vous est ouvert". p. 13-14

Jean Viard, Lettre aux paysans (et autres) sur un monde durable, édition de l'Aube, 2008, 92 pages.

Le livre noir de l'agriculture, Isabelle Saporta


Un livre sans concession qui montre les effets sanitaires sur notre alimentation et l'environnement d'une production corrompue par la boulimie de procédés technico-industriels complètement déphasés avec la nature même du vivant. 

"En résumé, l'agriculture pollue l'eau à grands coups de nitrates, de phosphates et de pesticides, et les consommateurs paient non seulement leur nourriture, les aides aux agriculteurs, mais aussi la facture de dépollution. Voilà de quoi inciter les agriculteurs à se tourner vers des modes de production plus vertueux..." p. 140, chap. "l'eau, un dommage collatéral".

"L'eau potable demeure une denrée rare en Eure-et-Loir : près de 100 communes ne délivrent pas une eau réglementairement conforme au titre des nitrates et des pesticides." p. 138, chap. "l'eau, un dommage collatéral" - citation du Préfet de l'Eure-et-Loir le 26 septembre 2009 lors du congrès des maires à Chateaudun.

Isabelle Saporta, Le livre noir de l'agriculture, édition Fayard, 2011, 250 pages.


Des héros ordinaires, Eva Joly


Des héros ordinaires, un livre traçant des trajectoires individuelles remarquables qui montrent que les politiques environnementales et sociales ne peuvent éluder l'une des origines de leurs dysfonctionnements : la corruption. 

"Aujourd'hui la terre se meurt, imbibée de poison. Des déchets toxiques déversés par milliers de tonnes ont imprégné les sols, empoisonné l'air, contaminé les fruits. Ils tuent aussi désormais les habitants. Dans le cimetière de son village, à une trentaine de kilomètres au nord de Naples, Raffaele ne compte plus les quadragénaires qui y reposent. Victimes de leucémie, de cancers de la thyroïde, dont l'explosion décime lentement la population. [...]
C'est pour ça qu'il est parti en guerre. Contre la pollution ? Pas seulement. Contre le profit insatiable qui méprise les paysans, les contraint à quitter leurs terres contaminées et à s'exiler plus loin à l'intérieur du pays. Contre cette logique de court terme qui conduit à brader l'avenir, au nom de l'argent vite gagné. [...]" Pages 46-47, chapitre "Raffaele, sauver Naples ou mourir".

Eva JOLY, avec Maria Malagardis, Des héros ordinaires, Itinéraires d'hommes remarquables, éditions Les Arènes, 2009, 190 pages